LIVRES/CINEMA
En janvier dernier, chaque panneau publicitaire de Paris montrait l'affiche des Noces rebelles, le film de Sam Mendes adapté de la nouvelle La fenêtre panoramique de
Richard Yates, publiée aux Etats Unis en 1961.
Aux premiers abords, la bande annonce de ce film donne à rêver, les deux amoureux les plus célèbres du
monde se retrouvent dix ans plus tard dans un tout autre cadre : l' Amérique des années 1960.L'affiche montre un couple idéal, le film montre de nombreux plans où on les voit enlacés, pourtant il
se trame un drame.
En sortant de la salle, j'étais en colère de m'être fait piéger par une bande annonce enchanteresse mais j'avoue que le réalisateur a effectué un casting parfait en choisissant ce couple mythique
du cinéma et surtout ce livre qui remet toute notre société moderne en question.
Il s'agit de l'histoire d'un couple issu de la classe moyenne qui se désagrège sous le poids du conformisme, une histoire racontée sur un ton amer et provocateur.
Ce mélodrame virulent secoua les milieux littéraires des sixties et Tennessee Williams considéra ce livre comme un chef d'oeuvre de la fiction moderne américaine.
Sam Mendes a donc eu une idée brillante en adaptant ce film pour le cinéma car il nous permet d'avoir du recul sur les fausses sécurités conformistes que notre
société individualiste d'après guerre a construit.
Les plans dans lesquels on voit Leonardo Di Caprio prendre le train tous les jours pour rejoindre un emploi alimentaire qu'il hait, sont saisissants. Ils montrent le piège dans lequel est tombé
le couple Wheeler ainsi que leurs voisins et amis qui les critiquent à mots couverts car ils décident de tout plaquer pour vivre la vie dont ils révent à Paris, en Europe.
Enfin, ce livre est un bel hommage aux femmes américaines en expliquant le repli sur soi qu 'elles vivaient. La féministe Betty Friedan parlait d'un mal sans nom. Ce couple a une
belle maison de banlieue avec deux enfants, mais ils vivent isolés de la ville dans une zone pavillonnaire où les familles et les habitations se ressemblent, au nom d'un conformisme qui les
étouffent.
L' héroïne de ce film est véritablement Kate Winslet, l'une des meilleures actrices mondiales à mes yeux. J'aime son jeu depuis Titanic et The Holiday, car elle sait interpréter
à la perfection autant le drame que la comédie. Ses toilettes et ses coiffures dans Les Noces rebelles donnent à son physique particulier une note de glamour digne d'une Catherine
Deneuve française.
Elle porte sa vie à bout de bras et éprouve de l'incompréhension face à son mari qui aspire aux mêmes rêves qu'elle mais qui baisse les bras devant une proposition professionnelle qui lui déplait
mais qui flatte son orgueil. Leonardo di Caprio est époustouflant dans ce rôle.
Pour conclure, ce film m'a mise mal à l'aise car la fin est réellement tragique mais il m'a permit de réfléchir au sujet des habitudes prises par notre société depuis les Trente Glorieuses.
Je pense que je lirai à l'avenir la nouvelle de Richard Yates car les quelques extraits que j'ai parcouru m'ont montré que ce film était particulièrement fidèle à l'esprit du film : j'ai bien
aimé la conclusion de l'auteur, montrant la façon dont un couple old school arrive à cohabiter sans heurts, quand l'époux de l'agente immobilier qui a vendu la maison aux Wheeler, coupe son
sonotone pour ne plus supporter les considérations ménagères de sa femme.
A ce propos, les éditions Robert Laffont ont profité de la sortie du film en France pour réimprimer le livre avec en couverture l'affiche du film dans sa collection : "Pavillons
poche"(Livres Hebdo du 16 janvier 2009).
Période glaciaire de Nicolas de Crécy, album cartonné, 22 x 31,5 cm, 80 p. couleurs,
parution octobre 2005, 16 euros.
Aux heures impaires d’Éric Liberge, album cartonné, 23 x
31,5 cm, 72 p. couleurs, parution septembre 2008, 16 euros.